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| Alexander Calder, The Y, 1960 |
Vendredi matin j'étais au
Hub Forum, gigantesque pince-fesses 2.0 réunissant de nombreux décideurs du numérique, des médias et de la pub.
J'ai notamment assisté à une table ronde très intéressante sur les rapports particuliers qu'entretient la génération Y avec le monde de l'entreprise. Sur scène pour discuter de ce sujet, quelques habitués de la question : Francoise Gri, présidente de Manpower Europe du sud, Yves Grandmontagne, DRH de Microsoft France et surtout Alexandre Malsch, fondateur du groupe média digital
meltyNetworks, aussitôt étiqueté "régional de l'étape" par l'animateur David Abiker. Et pour cause : Malsch n'a que 27 ans... ce qui ne l'empêche pas d'être a la tête d'un mini-empire qui attire 11 millions de visiteurs par mois et vient de boucler une
levée de fonds qui n'a rien a envier à celles de ses modèles californiens.
Sweat capuche à la Zuckerberg et phrasé étudiant, Malsch se prête avec plaisir au jeu des questions, bien qu'il précise d'emblée que l'expression "Génération Y" lui semble trop fourre-tout. Pour le reste, on n'a rarement entendu entrepreneur plus décomplexé, voire carrément iconoclaste... On apprend notamment que son groupe embauche ses collaborateurs à des salaires 25% moins élevés que sur le marché afin de ne recruter que des passionnés!
Mais le plus décoiffant, c'est sa position quant à la traditionnelle séparation des sphères professionnelle et privée. Malsch se demande pourquoi les gens ornent souvent leurs bureaux de photos de famille mais ne décorent pas leur maison de photos de collègues. Et le renversement des valeurs ne s'arrête pas là, puisque meltyNetworks à transformé l'expression "TGIF" (
Thank God It's Friday -signifiant littéralement "heureusement qu'on arrive en fin de semaine") en
"Thank God It's Monday", méga-petit déjeuner d'équipe qui donne envie de retourner au boulot le lundi matin.
Pour le "Y" que je suis, cette conception aussi inédite que radicale de l'entreprise fait sens. Ma génération est née dans l'hypermodernité, état de perte de repères généralisée et, maintenant qu'elle est arrivée à l'âge de raison, réinvente ses propres règles. En découlent de nouveaux rapports à la vie privée, à l'Autorité, au Temps, à l'Art, tous caractérisés par le brouillage des pistes. Le pro et la famille s'entremêlent, la séparation entre art et commerce s'estompe, on cherche davantage à s'inscrire dans un projet plus que dans une hiérarchie...
Reste deux problèmes. D'une part, cette vision est surtout valable dans une poignée de secteurs, comme le Digital ou la publicité, où les frontières sont floues depuis déjà longtemps. Parce ce que ce sont justement ces secteurs qui ont pignon sur rue médiatiquement parlant, cela crée un biais.
Par ailleurs —et je rejoins Alexandre Malsch sur ce point— elle sous-entend que la génération Y est monolithique, ce qui est absolument faux. Le terme "génération" peut s'entendre dans un sens purement démographique (l'ensemble des personnes nées dans un laps de 20 à 30 ans) et c'est en partie sur cette définition qu'a été construite le concept de "génération Y". Mais on sait également que la génération est avant tout un construit social fondé sur un événement commun (par exemple : mai 68). Or, à l'heure de l'accélération de l'information et des phénomènes socio-culturels, ces "événements communs" se multiplient. Dès lors, difficile de dire si la Gen Y est celle de la chute du mur de Berlin, de la micro-informatique, du 11 septembre ou du Web 2.0...
Il n'y a donc pas une mais de très nombreuses générations Y, ce qui explique qu'il n'y a pas un mais une multitude de rapports aux monde de l'entreprise. Comprendre que les Y n'ont pas les mêmes attentes professionnelles que leurs aînés est déjà une bonne chose mais il faut désormais intégrer cette hétérogénéité des générations.
Qu'en pensez-vous?