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dimanche 22 septembre 2024

Dans la musique Pop, « simple » n’est pas toujours « simpliste »

 
(English version below)
Il y a quelques jours, je tombais sur ce débat sur X :


Le reproche adressé à « Espresso » fait écho à une critique récurrente de la musique pop : elle serait insipide et générique ; une médiocrité qui n’irait qu’en se renforçant depuis quelques années avec l’explosion du streaming et des réseaux sociaux.

Je me méfie des grands penseurs du “c’était mieux avant”. Cependant, cette impression de simplicité croissante de la pop a été confirmée par une récente étude publiée dans le journal Scientific Reports. Ses auteurs ont analysé un corpus de plus de 353.000 morceaux issus de 5 genres différents (rap, country, pop, R&B, rock) publiés entre 1970 et 2020. Leur conclusion est claire : les paroles se font en effet plus simples, avec des structures plus courtes et plus répétitives ainsi qu’une moindre diversité lexicale. 

L’étude montre en outre que plus les chansons sont simples plus elles sont populaires. Le phénomène serait notamment dû aux changements technologiques et leur impact sur les modes de diffusion et d’écoute de la musique. On savait que les morceaux tendaient à se faire plus courts pour mieux charmer leur public sur les plateformes ; on sait maintenant qu’ils se font aussi plus « basiques ».

Le verdict qui en découle serait aussi évident que déprimant — nous serions coincés dans un cercle vicieux où l’influence conjointe du capitalisme et de la disruption technologique entraînent un énorme « dumbing down », un nivellement par le bas de la qualité de la musique.

Cependant, une question demeure : si les morceaux se font plus simples, sont-ils pour autant moins bons ?

La Pop voyage léger

A mon sens, et pour faire écho au débat ci-dessus, la simplicité n’exclut pas l’extrême sophistication. Cela tient en particulier pour la Pop.

La Pop ne cherche pas l’art pour l’art : son objectif est de susciter et fixer des émotions. Pour maximiser son impact, elle doit maximiser son public. Cela implique de voyager, et pour aller loin, il vaut mieux voyager léger. D’où le recours au générique et au répétitif.

Faire générique, c’est faire en sorte que le message voyage le plus loin possible sans subir trop de distorsions. Dans son essai « Propaganda » publié il y a un siècle et toujours d’actualité, le publicitaire Edward Bernays conseillait de s’appuyer sur les structures mentales déjà existantes au sein du grand public pour renforcer l’efficacité de la communication. En d’autres termes : rien ne vaut un bon gros cliché qui tache pour faire passer un message plus profond. En musique, cela revient à parsemer ses paroles de phrases génériques comme « walking down the street » ou « breaking my heart ». Les artistes belges Charlotte Adigéry et Bolis Pupul ont d’ailleurs créé une chanson entière qui joue malicieusement sur ces poncifs musicaux. Son titre ? « Ceci n’est pas un cliché ».


Ce recours aux phrases prêtes-à-chanter est utile car il rend les paroles mémorables. Mieux : il fait gagner du temps aux artistes et permet d’aborder plus rapidement le coeur de leur propos.
Simplicité et sincérité


Mais au-delà de cette simplicité calculée ou affectée, impossible de ne pas souligner combien la grande Pop est souvent sincère et très premier degré. Prenez un groupe comme New Order, que l’on ne saurait accuser de complaisance commerciale. Difficile de ne pas trouver les paroles d’un chef d’oeuvre comme « Thieves like us » (1984) franchement bêtasses :

Oh, it’s called love
Yes, it’s called love
Oh, it’s called love
And it belongs to us
Oh, it dies so quickly, it grows so slowly
But when it dies, it dies for good
It’s called love
And it belongs to everyone but us
(…)
Oh, love is found in the east and the west
But when love is at home, it’s the best
Love is the cure for every evil
Love is the air that supports the eagle

Et si le puissant sentiment de cringe que l’on ressent à l’écoute de ces mots n’était pas aussi la marque que nous sommes blasés ?


Dans un monde littéralement désespéré que l’on appréhende plus que jamais à la troisième personne, à travers les plateformes sociales ou son reflet sur Microsoft Teams, le premier degré n’est pas cool. Il faut ironiser, mettre en abyme, « avoir la ref » pour montrer aux autres que l’on a accès à la gnose. Même les conspirationnistes les plus stupides sont persuadés de « lire à travers les lignes » ce que la masse ne voit pas.


En 2015, le rédacteur en chef culture de Slate Forrest Wickman publiait un papier intitulé Against Subtelty, qui m’a beaucoup marqué. Il y célébrait les oeuvres injustement décrites comme bourrin, grossières, trop évidentes. Pour Wickman, chercher la subtilité à tout prix est contre-productif si l’on souhaite avoir de l’impact. Près de dix ans plus tard, la pop continue de se faire toujours plus simple mais pas forcément simpliste.


***


ENGLISH VERSION


A few days ago, I stumbled upon this debate on X:


The criticism directed at “Espresso” echoes a recurring critique of pop music: it is held to be bland and generic; a mediocrity that has only worsened in recent years with the rise of streaming and social media.
I am always cautious with great thinkers claiming “everything was better before.” However, the growing sense that pop is becoming simpler was confirmed by a recent study published in Scientific Reports. Its authors analysed a corpus of over 353,000 tracks from five different genres (rap, country, pop, R&B, rock) released between 1970 and 2020. Their conclusion is clear: lyrics have indeed become simpler, with shorter, more repetitive structures and less lexical diversity. The study also shows that the simpler the songs, the more popular they tend to be. This phenomenon is notably linked to technological changes and their impact on how music is produced and consumed. It was already known that songs were getting shorter to better appeal to platform audiences; now we know they are also becoming more “basic.”


The diagnosis seems both obvious and appalling — we are supposedly caught in a vicious circle where the combined influence of capitalism and technological disruption is leading to a massive “dumbing down” of music quality. However, one question remains: if songs are getting simpler, does that necessarily make them worse?


Pop music travels light

In my view, and echoing the debate above, simplicity does not exclude extreme sophistication, especially with Pop music.


Pop does not seek art for art’s sake: its goal is to evoke and capture emotions. To maximise its impact, it must first maximise its audience. This means it has to travel, and to travel far, it’s always best to travel light. Hence the use of the generic and the repetitive…


Being generic means ensuring that the message travels as far as possible without losing too much along the way. In his essay Propaganda, published a century ago and still relevant today, the publicist Edward Bernays advised tapping into the public’s pre-existing mental structures to make communication more effective. In other words: nothing works better than a good ol’ cliché to get a deeper message across. In music, this translates to filling lyrics with generic phrases like “walking down the street” or “breaking my heart.” The Belgian artists Charlotte Adigéry and Bolis Pupul even built an entire song on these hackneyed phrases. The title? “Ceci n’est pas un cliché.” This use of ready-to-sing phrases is effective because it makes the lyrics memorable. Even better: it saves the artist time and allows them to get to the heart of their message more quickly.


Of simplicity and sincerity


But beyond this calculated simplicity, it’s impossible not to acknowledge how great pop music is often sincere, earnest, in short basic. Take a band like New Order, who could never be accused of commercial complacency; it’s hard not to find the lyrics of a masterpiece like “Thieves Like Us” (1984) frankly dumb:

Oh, it’s called love
Yes, it’s called love
Oh, it’s called love
And it belongs to us
Oh, it dies so quickly, it grows so slowly
But when it dies, it dies for good It’s called love
And it belongs to everyone but us
(…)
Oh, love is found in the east and the west
But when love is at home, it’s the best
Love is the cure for every evil
Love is the air that supports the eagle

But what if the overwhelming feeling of cringe we feel when listening to these words isn’t also a sign that we’ve become terminally jaded?


In a literally desperate world which is more and more perceived in the third person view, via social media platforms or one’s own reflection on Microsoft Teams, earnestness is certainly not cool. We must be ironic, self-referential, and in quote-unquote mode to show others we have accessed some higher gnosis. Even the most foolish conspiracy theorists believe they can “read between the lines” what the masses cannot see.


In 2015, Forrest Wickman, the culture editor at Slate, published an article titled Against Subtlety, which haunts me ever since. He celebrated works often unjustly described as heavy-handed or too obvious. For Wickman, striving for subtlety at all costs is counterproductive if you want to have an impact. Nearly ten years later, Pop continues to grow simpler but not necessarily simplistic.



vendredi 26 mai 2023

"Ebisu rendez-vous" ou l'éternel retour à Tokyo



J’écoute encore souvent “Ebisu rendez-vous”, un morceau du groupe TTC qui, lors de sa sortie, occupait une place assez atypique sur la scène rap française.

Ce titre me renvoie à l’été de mes 20 ans. Je faisais alors un court mais terriblement long stage à l’Hôtel de la Région Rhône-Alpes, que je ne pouvais rallier qu’au prix d’une heure de transports bien tassée, matin et soir.

Si Météo France a pu très officiellement qualifier cet été-là de “pourri”, je me souviens pour ma part de matins tièdes et bleutés. “Ebisu rendez-vous” était la première chanson d’une grosse playlist que je lançais sur mon iPod dès que je sortais de la maison pour rejoindre le métro Massena.

Le morceau est un hommage doux-amer à Tokyo, dont Ebisu est l’un des innombrables quartiers. Les membres de TTC y racontent leur premier voyage dans la capitale japonaise, duquel ils ne se sont visiblement pas remis.

Teki Latex ouvre la chanson avec une line qui m’a toujours frappé : “Même si c’est la première fois que je viens, une partie de moi enfouie dans mon estomac s’en souvient”. Là où l’on pourrait appréhender le dépaysement voire le déphasage dans un pays aussi lointain, Teki dit “rentrer à la maison”. Des années de fascination pour les anime et les jeux vidéo sont passées par là : le rappeur connaît le Japon sans même l’avoir visité.

Chez les artistes français, le Soleil Levant est une obsession ancienne. Elle est plus forte encore dans le rap ; un phénomène très bien documenté par le Mouv (et encore, cet article date d’avant la sortie de “Les Etoiles vagabondes” de Nekfeu), qui rappelle que de nombreux MC hexagonaux ont grandi au contact de la foisonnante culture visuelle nippone. Si le soft power japonais s’exerce encore sur la génération actuelle de rappeurs, on peut se demander s’il ne sera pas demain concurrencé par la culture Coréenne, aujourd’hui dominante dans le divertissement, voire par des cultures hybrides remixant à l’envi influences latino-américaines, asiatiques ou africaines.

Connaître un endroit sans l’avoir jamais vraiment connu, c’est aussi ce que l’on peut éprouver lors d’une première visite à New York, lorsqu’on y retrouve les taxi, les sirènes de flics, les gens pressés un gobelet de café à la main — toutes ces images qui nous sont administrées depuis toujours via force livres, séries ou films. Pour paraphraser Freud, cela crée une sorte d’étrange familiarité — un sentiment bizarre de déjà-vu. Mes filles, qui sont en maternelle, ne peuvent d’ailleurs à ce jour citer que deux villes dans le monde, Paris et New York, tant elles sont aisées à représenter et donc à se représenter.

Il y a quelque chose d’assez réconfortant dans ces clichés urbains qui s’avèrent tout à fait vrais. Ce qui rend New York, Paris ou Tokyo iconiques, c’est leur omniprésence dans l’inconscient collectif, comme une sorte de substrat commun à tous, mais aussi cette capacité à honorer leur promesse lorsqu’on finit par y débarquer “en vrai”. A ce titre, “Ebisu rendez-vous” n’est pas exempte de stéréotypes sur le Japon, comme les écolières en jupe plissée, la bière Asahi ou les sumos, mais le morceau tient moins du fantasmé que du constaté : “le pire, c’est que tout est comme je l’avais imaginé”.

Si choc il y a pour les membres de TTC, il réside plutôt dans la beauté des passants et paysages, qui les laisse transis. On n’est pas loin d’un syndrome de Stendhal à la sauce teriyaki lorsque Teki Latex se dit si impressionné qu’il n’ose plus bouger : “mes pas se font rares tellement le sol j’ai peur d’abîmer”. Comme si le moindre faux-pas, réel ou symbolique, risquait de mettre fin à l’expérience. Le double-sens du mot est profond dans un pays souvent dépeint comme corseté de règles plus ou moins tacites, et donc plus ou moins faciles à transgresser sans même le vouloir… Notre fascination pour le Japon tient peut-être aussi à cela : le système de normes semble y être proche du nôtre mais ne l’est jamais vraiment. Quiconque a préparé un voyage dans l’archipel s’est forcément fadé des tonnes de conseils plus ou moins utiles quant aux us et coutumes locales. Dresser la liste des bévues à ne pas commettre sur place est même devenu un sous-genre journalistique à part entière tant les punitions pour celui qui faute semblent sévères, l’opprobre terrible et tenace. L’étrange familiarité se double alors d’un léger voile de malaise, qui vous maintient en alerte.

L’été est passé comme ça : j’écoutais chaque jour “Ebisu rendez-vous”, rêvassant à Tokyo et glissant à travers métros et bus, tel un proto-salaryman. Six ans plus tard, je faisais moi-même mes premiers pas au Japon, avec une joie d’enfant qui visite enfin Disneyland après l’avoir longuement imaginé.

Dans “Ebisu rendez-vous”, le rappeur Cuizinier confesse “je ne suis pas parti mais je pense à rentrer et j’ai peur.” Je reviens aujourd’hui d’un troisième séjour tokyoïte et éprouve une fois de plus ce vertige — le sentiment d’avoir manqué de temps, la certitude que je n’arriverai jamais à saisir pleinement la ville. Comme un compteur qui se remet à zéro à chaque voyage. Cela pourrait être frustrant mais je n’en chéris que davantage cette distante et intarissable source de rêve. Ma tentation de Tokyo.

Tokyo-Paris, mai 2023



lundi 21 décembre 2020

Les perce-oreilles : ce qui se cache derrière les incipit des plus grandes chansons

J.Farber/Unsplash

Par où commencer ? C’est toute la question d’un texte sur les incipit.Nous connaissons tous, au moins confusément, ce concept. Incipit signifie en Latin « cela débute » : ce sont les premiers mots d’un livre. Certains sont restés culte, comme ceux de L’Etranger ou d’A la recherche du temps perdu. Un petit essai gourmand, L’Enigme des premières phrases, y a même été consacré par le critique littéraire Laurent Nunez il y a quelques années.

Pour les lecteurs, l’incipit est un seuil que peu s’aventurent à franchir réellement. Pour les écrivains, c’est un plongeoir dont on n’ose sauter, une petite phrase qui se doit d’être si parfaite qu’on préfère parfois l’idéaliser ou la polir, polir, polir jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

Cependant, l’incipit n’est pas l’apanage des seuls romans. Partout où l’on rompt le silence, où l’on noircit une page vierge, naissent des incipit.

Dans un monde accéléré où l’esprit est en état de siège permanent, on voit ainsi émerger une véritable industrie autour de ces précieux premiers mots, qui dépasse largement la sphère artistique. On cherche donc des pick up lines pour charmer son interlocuteur sur les applis de rencontre et des ice-breakers pour ouvrir des séminaires d’entreprise. On copie/colle des formules toutes prêtes dans ses lettres de motivation ou dans sa biographie Twitter. On applique religieusement les consignes des gourous du marketing pour peaufiner ses premières slides Powerpoint et l’on s’inspire des grands tribuns pour entamer nos discours.

Accrocher l’oreille le plus vite possible

Les incipit les plus fascinants se trouvent sans doute dans la musique populaire. En effet, les premiers mots d’une chanson doivent être de véritables « perce-oreilles » : il faut accrocher l’auditeur le plus vite possible car lorsqu’on chante, on n’a pas le loisir de centaines de feuillets pour dérouler sa petite histoire.

Cette course à « l’intro qui frappe » n’a jamais été aussi vitale à l’époque de l’économie de l’attention et du tout-numérique. Il est avéré que le streaming et les réseaux sociaux affectent les formats musicaux et les méthodes de composition. Par exemple, une plateforme comme TikTok favorise les morceaux dotés de grosses ruptures stylistiques (une punchline suivie d’un bass drop), car cela offre davantage de prises aux utilisateurs pour créer leurs chorégraphies. De même, certains artistes telle Charli XCX assument désormais une approche pragmatique en raccourcissant leurs morceaux et, surtout, en les faisant démarrer beaucoup plus tôt afin d’éviter de perdre leur auditoire. En 2021, un bon incipit musical doit être toujours « plus rapide, plus haut plus fort. »

Les incipit musicaux sont aussi passionnants à étudier car, associés à quelques notes bien senties, ils laissent une trace mémorielle décuplée. N’importe quel individu ayant été étudiant entre 2005 et 2015 se mettra à hurler à l’écoute des premières secondes de I Gotta Feeling des Black Eyed Peas. N’importe quelle personne née avant 1992 verra défiler sous ses yeux des images de liesse en entendant quelques notes de piano puis « First I was afraid, I was petrified ». Et n’importe quel animateur de bal sait qu’il ne clora pas sa nuit sans passer par « Terre brûlée au vent, des landes de pierre…» Qu’on les aime ou non, le pouvoir évocateur de ces premières secondes est incomparable, et ce d’autant plus qu’elles rythment notre vie sociale. Seul, on les chantonne ; ensemble, on les entonne.

Cette facilité à être coupés, remixés ou détournés donne un caractère fondamentalement démocratique aux incipit musicaux. Associés au rayonnement de l’industrie musicale et audiovisuelle, ils constituent un médium d’une puissance rare.

Enfin, les incipit musicaux en disent souvent long sur le morceau qui les suit, mais aussi sur ceux qui les écrivent et les interprètent. Plus qu’une entame d’histoire, ils portent leur propre histoire. Aussi, j’ai souhaité en sélectionner quelques-uns pour les analyser, le temps d’une écoute ou deux. Un exercice en plusieurs parties, 100% subjectif et personnel, qui j’espère vous plaira.

Musique !

***

« I heard there was a secret chord that David played and it pleased the lord, but you don’t really care for music, do ya? »

(Hallelujah, Leonard Cohen, 1984)


Ah, « Hallelujah » ! Une chanson universelle, reprise par tous et partout, dans les mariages comme dans les couloirs de métro ou les crochets télévisés. J’ai toujours eu le sentiment d’un petit malentendu vis-à-vis de ce chef d’œuvre, que l’on devine dès son incipit.

La première partie de la phrase semble tout à fait dans le canon religieux (« I heard there was a secret chord that David played and it pleased the lord »). Fermez les yeux : on sent immédiatement l’odeur des murs centenaires humides, le bois des bancs qui ploie sous les genoux, le filet de lumière qui perce les vitraux. Sauf que l’ambiance liturgique s’effondre immédiatement en fin de phrase avec ce « but you don’t really care for music, do ya? » plus terrien et plus dur. Mais qui est cette personne qui ne s’intéresse pas à la musique, alors même que le poète canadien lui pousse la chansonnette ?

Il y a une locution latine qui dit « in cauda venenum » ou « dans la queue le venin ». Il s’agit d’un procédé rhétorique qui consiste à démarrer un texte doucement, innocemment, pour mieux surprendre l’auditoire avec des paroles cruelles. Si « Hallelujah » saisit les foules par sa charge poétique et confine à la musique sacrée, on trouve aussi beaucoup d’amertume dans cette chanson au sujet d’une relation difficile, qui peut être autant une histoire entre deux personnes qu’avec Dieu lui-même. La légende voudrait que Leonard Cohen ait mis des années à écrire cette chanson, qui comptait à l’origine jusqu’à 80 couplets — c’est dire la douleur qui transparaît dans la voix de celui qui s’époumone malgré tout à rendre grâce !

Comme les textes religieux auxquels elle emprunte, « Hallelujah » est devenue en une trentaine d’années sujette à interprétation voire à exégèse. Le morceau compte plus de 300 reprises officielles enregistrées, avec des approches qui mettent tantôt l’emphase sur le spirituel, tantôt sur le temporel. De même, certaines versions sont très intimes, tandis que d’autres sont destinées aux stades. Certaines portent enfin un sous-texte moral, d’autres franchement charnel. Et ce qui est génial, c’est que tout fonctionne ! On le voit dès son incipit : « Hallelujah » est un classique car elle est monumentale mais pas monolithique.

*

« Looking at it now, it all seems so simple. »

(Out of the Woods, Taylor Swift, 2014)

 

« Avec le recul, cela paraît si simple. » déclare Taylor Swift, avant d’enchaîner sur la description d’une relation amoureuse dont elle ne parvenait pas à dessiner les contours (je vous épargne les détails people) et qui a fini par imploser. « Out of the Woods » est à l’image de son incipit : truffée d’ironie dramatique, un procédé littéraire que l’on retrouve dans les tragédies dont les spectateurs connaissent la fin mais pas les protagonistes. En effet, bien que le morceau aligne plusieurs vignettes touchantes sur la construction d’un couple, on comprend assez vite que l’histoire d’amour était condamnée dès le départ.

Taylor Swift se distingue des autres stars de la pop américaine à travers un style d’écriture à la fois très candide et très sophistiqué. Elle fait un usage soutenu de figures de style complexes et attache une importance particulière au vocabulaire — elle déclarait il y a peu dans une interview croisée aux côtés de Paul McCartney qu’elle tenait des carnets de mots qui lui plaisaient par leur consonance ou leur sens profond. Néanmoins, cette préciosité s’accompagne de beaucoup de premier degré : pas d’histoires cryptiques, des émotions tranchées et de formules simples. Les plus snobs n’ont pas manqué de lui reprocher cet apparent manque de profondeur ; mais qu’attend-on au juste de la musique populaire, si ce n’est qu’elle soit franche et parle à tous ? La grande pop est comme l’incipit de « Out of the Woods » : plus l’histoire est compliquée, plus elle doit paraître simple.

*

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. »

(La Bohème, Charles Aznavour, 1965)

 

Avec « La Bohème », Aznavour compose bien sûr un standard de la chanson internationale mais décroche aussi le Graal de tout artiste populaire : faire entrer une expression directement dans le langage. Depuis près de 60 ans, les « moins de vingt ans » ne peuvent plus connaître grand-chose…

« La Bohème » c’est l’histoire d’un paradis perdu, celui du Montmartre des artistes maudits. Le truc, c’est qu’Aznavour lui-même n’a pas pu connaître ce Montmartre-là ! A la sortie du morceau, il a certes la quarantaine mais décrit une société disparue depuis au moins cinquante ans. La butte s’est structurée sous le Second Empire, d’abord sous la forme du « maquis » (ce que l’on appellerait aujourd’hui un bidonville), avant de constituer progressivement en village populaire ouvert aux créateurs. Cependant, la gentrification existait aussi à la Belle Epoque, et bientôt les promoteurs ont construit à Montmartre de riches villas et avenues tirant parti des vues sur la capitale. Dans la première moitié du vingtième siècle, l’effervescence artistique s’est déjà déplacée au sud de Paris, dans les quartiers Montparnasse et Montsouris. C’est notamment là que Henry Miller et Ernest Hemingway écriront et situeront Tropique du Cancer ou Le Soleil se lève aussi.

Charles Aznavour n’a jamais nié que cette chanson renvoie en partie à un fantasme. Le concept-même de « Bohème » est d’ailleurs une pure construction intellectuelle, associée à des populations nomades qui fascinaient les Français et cristallisée dans son acception actuelle sous la plume des auteurs romantiques, dans la première partie du XIXe siècle. La chanson « La Bohème » entretient donc cette idée d’une petite société de génies crève-la-faim, insoumis et incompris. Mais un fantasme peut se révéler fécond, et celui-ci continue d’inspirer des millions d’amateurs d’art et de créateurs, qu’ils aient plus ou moins de vingt ans. Un incipit intemporel pour un mythe éternel.

*

« Mel, assieds-toi faut que je te parle, j’ai passé ma journée dans le noir. »

(Confessions nocturnes, Diam’s ft. Vitaa, 2006)

 

Pour les gens de ma génération, impossible d’oublier la formule « assieds-toi faut que je te parle » qui débute les « Confessions nocturnes » de la rappeuse Diam’s. Un dialogue haletant digne d’un film (à grosses ficelles) qui se poursuit six minutes durant, à mesure que Vitaa et son amie s’enfoncent dans la découverte des mensonges de leurs mecs respectifs. L’incipit plante ici le décor et embarque immédiatement l’auditeur dans une micro-tragédie qui dure le temps d’une nuit. Le caractère cinématographique du morceau est renforcé par le clip conçu en parallèle : une traversée de la région parisienne sous une pluie battante, qui se finit sur la place de la Concorde au petit matin. Le déroulé est si parfait que Michaël Youn et Pascal Obispo n’en changeront (quasi) rien pour leur parodie « Mauvaise foi nocturne » parue l’année suivante.

« Confessions nocturnes » rappelle les chansons-saynètes en vogue dans le rap français au tournant des années 90/2000 : « Bye Bye » de Menelik, « Ghetto Sitcom » de Disiz La Peste, « Hold Up » de 113 ou encore « J’voulais » de Sully Sefil. On peut aussi voir un équivalent américain dans le « Stan » d’Eminem. Autant de morceaux qui content une histoire, avec plusieurs personnages, plusieurs séquences et surtout un début et une fin. Autant dire que l’on revient ici à l’essence-même de l’incipit : saisir le lecteur, l’auditeur, bref : le spectateur.

*

« I read the news today, oh boy. »

(A Day in the Life, The Beatles, 1967)


Si l’on se fie à son titre et son incipit très oral voire familier, « A Day in the Life » traite du train-train quotidien, comme lire tranquillement les faits-divers de la veille entre deux cuillères de porridge ou courir après son bus.

Bon, évidemment, il n’en est rien : on est face au morceau le plus ambitieux d’une discographie déjà très ambitieuse. Ses premiers mots, « I read the news today, oh boy », sont ainsi doublement intéressants.

D’abord, la formule sera déclinée à chaque ouverture de couplet de Lennon, comme une sorte d’anaphore qui renforce l’impression d’une vie répétitive, routinière.

Surtout, elle renvoie à la lecture du Daily Mail (un journal populaire cité dans un autre morceau des Beatles, « Paperback Writer »), dont Lennon semble découper des passages pour les réarranger de manière surréaliste. Car le maître-mot de « A Day in the Life », c’est bien le collage.

Collage d’entrefilets issus de quotidiens : la disparition de Tara Browne dans un accident de voiture, les 4000 nids de poule dans la chaussée de Blackburn…

Collage sonore, avec l’utilisation de techniques d’enregistrement très avancées pour l’époque — le fameux glissando apocalyptique, la boucle sonore flippante qui devait se déclencher par surprise à la toute fin du 33T…

Collage littéraire, enfin, puisque « A Day in The Life » est la réunion de deux morceaux que tout semble séparer. Le début et la fin de la chanson sont bien sûr signés Lennon : des paroles absurdes, une voix endormie et un max de réverbération bien psychédélique. Enchâssé au milieu, le couplet de McCartney est ostensiblement terre-à-terre : voix cristalline et anecdotes modestes. La juxtaposition ne s’est pas faite facilement — la chanson dure un peu plus de 5 minutes mais aura nécessité 34 heures d’enregistrement cumulées — mais le patchwork fonctionne de manière miraculeuse et montre que le quotidien peut être tour à tour simple, dramatique ou onirique. Oh boy !

***

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samedi 6 juillet 2013

Le glitch, esthétique de l'ère numérique

Les drôles de cartes 3D d'Apple Maps
constituent de beaux exemples de glitch
Cela fait longtemps que je souhaite écrire sur le glitch, ce cousin plus sympa du "bug". En informatique, ce terme, dont l'étymologie renvoie à l'idée de "glissade", désigne un petit dysfonctionnement temporaire. Le concept est ancien mais s'est développé avec la démocratisation de l'électronique grand public et l'explosion du numérique.


mercredi 14 décembre 2011

Mon top 25 musical de 2011

Je sais pas vous mais chaque mois de décembre j'adore me fendre de mon "Top" des meilleurs morceaux de l'année ; un classement non exhaustif et franchement subjectif rassemblant perles rares comme grosses machines pop, instants de grâce et musique bassement hédoniste.
Cela dit, j'ai rarement le temps de tout sélectionner puis rédiger, ce qui fait que le Top 20 reste bien souvent dans les cartons (je peux vous dire que l'année dernière, Arcade Fire et les Sleigh Bells se battaient pour la première place). Mais la bonne nouvelle, c'est que cette année, le classement s'est imposé de lui-même! Voici donc le détail (accompagné d’un petit lien pour télécharger l’ensemble des morceaux en commentaire).


samedi 26 février 2011

Déclinologies

THE END IS NEAR HERE IS NEAR THE END, œuvre de Jason de Haan et Scott Rogers 
exposée lors de la Nuit Blanche 2009. Photographie par HermiC (via Flickr)

Il existe une vraie fascination pour le déclin, la décadence, la décrépitude —et pas seulement en France. Les journalistes, les chercheurs, les blogueurs (je suis sûr de l'avoir fait moi-même), etc. aiment à décréter la mort d'institutions que l'on pensait jusque là insubmersibles. L'effet d'annonce fait toujours sont petit effet. C'est vrai qu'il est plus facile d'écrire LE WEB EST MORT plutôt que "le Web en tant que mode de navigation et d'utilisation des services sur Internet est concurrencé par les applications voire l'Internet des objets"... Si vous voulez faire un test, tapez "la mort du/de + une grande valeur ou une institution" dans Google, c'est assez marrant.
Ce billet n'a pas pour but de vilipender les déclinologues (dont nous faisons, quelque part, tous partie), mais de regarder de l'autre côté du déclin. C'est qu'après avoir passé sept ou huit ans à apprendre et répéter consciencieusement les thèses de Joseph "Schumpy" Schumpeter, j'ai tendance à ne pas m'arrêter au simple constat. Et avec l'explosion du digital (Internet compris), ce ne sont pas les constats qui manquent! Petit panorama et tentative de décryptage.


dimanche 13 février 2011

Quand les Strokes et Lady Gaga réapprennent la patience au web

La pochette d'Angles, créée à partir d'une œuvre de l'artiste belge Guy Pouppez
Il s’est passé quelque chose de bizarre la semaine dernière. Je m’explique :
  • Mercredi 9, les Strokes ont sorti Under Cover of Darkness leur premier morceau en cinq ans, sans que rien n’ait filtré jusque là sur Internet, mis à part un extrait de quelques secondes uploadé "par erreur" quelques jours plus tôt. Les blogs musicaux les plus pointus ont salué ce "retour aux formes" et Under Cover of Darkness est toujours #1 du classement Hype Machine ;
  • Vendredi 11, Lady Gaga a dévoilé Born This Way, premier single de son prochain album à paraître en mai. De même, aucun extrait n’avait circulé sur Internet, si ce n’est une version a cappella du refrain chantée lors des MTV VMAs, en septembre. En vente en téléchargement légal à partir de 15h, Born This Way est entré en tête des ventes iTunes dans 21 pays.
Ça ne vous frappe pas? Deux événements musicaux majeurs qui, à deux jours d’intervalle, reposaient sur les mêmes principes de secret et d’attente. Deux événements qui semblent avoir réappris (temporairement) la patience aux twittersphère et blogosphère.


samedi 18 décembre 2010

Le retour de l'Eurodance : comment et pourquoi

Rihanna se met à l'Eurodance, fais gaffe Cascada!
Un de mes péchés mignons sur Grooveshark ou Spotify, c’est de mettre les 20 ou 30 morceaux les plus écoutés et constater l’état de la pop music à un instant T. C’est de cet instant T que j’aimerais parler aujourd’hui.
Cela fait déjà des semaines que je soule mon entourage (collègues de bureau compris) à répéter que l’Eurodance est de retour. Et pas le petit come-back par la porte de derrière la discothèque de province... Le vrai retour en grâce, celui qui se chiffre en milliers de rotations FM et millions de vues sur Youtube. De Lady Gaga à Rihanna, tous s’y mettent!


dimanche 28 novembre 2010

Girl Talk, héraut de la génération copier/coller

Il y a deux semaines sortait All Day, le nouvel album du DJ américain Girl Talk, grand spécialiste du mashup. Vous connaissez probablement déjà le principe du mashup, à savoir créer de la musique en utilisant uniquement des extraits d'autres morceaux... En somme, le sampling et le détournement poussés à leur paroxysme, avec pour corollaire que chaque écoute se transforme en blind test géant. C'est le cas ici, puisque All Day dure 1h10 et recycle plus de 370 morceaux!


vendredi 21 mai 2010

Interlude musical

Désolé si je suis pas très actif en ce moment, stage oblige! Pour me faire pardonner, j'ai décidé de remettre un peu de musique sur le blog.

Deux morceaux, trois points communs
1) ils viennent de sortir 2) ils sont géniaux 3) ils m'obsèdent totalement.

Deux morceaux, trois différences
1) l'un a un son presque intime, l'autre est hyper bourrin et s'écoute vraiment, vraiment fort 2) l'un n'est qu'une perle de plus dans la discographie sans faille de ce qui est peut-être le meilleur groupe indie américain, l'autre est un des premiers singles issus de l'union improbable d'un ex-pionnier du screamo et d'une chanteuse ratée de teen-pop 3) ils m'obsèdent totalement -ah non ça c'est un point commun.

extrait de High Violet, nouvel album de The National

extrait de Treats, premier album des Sleigh Bells


vendredi 19 février 2010

Changement de logo, changement d'ère pour MTV

La chaîne MTV a apporté depuis le 8 février quelques changements à son logo devenu, depuis sa création par Frank Olinsky il y a 29 ans, une véritable icône de la pop culture.


dimanche 6 décembre 2009

Pétards mouillés et mimétisme 2.0

Depuis environ cinq ans, le meilleur moyen d'être à la pointe en termes de musique, c'est de flâner sur les milliers de blogs de mélomanes ne demandant qu'à partager leurs goûts (souvent sûrs) avec les internautes. Les blogs musicaux présentent en effet trois avantages.  



mardi 10 novembre 2009

Hype alert!



Après The XX, voici Yeasayer, un autre groupe dont les membres ne sont absolument pas des gravures de mode... C'est que depuis que l'apparition des Strokes en 2001 et la redéfinition de certains des codes esthétiques du rock, on avait fini par oublier que les musiciens pouvaient être des gens plutôt normaux.

Pour revenir à Yeasayer, groupe (hype) de pop (hype) expérimentale (hype) new-yorkais, ne faites pas trop attention à la voix un peu trop "Panic at the disco-ifiante" de leur chanteur ; Ambling Alps vous obsèdera!
Yeasayer - Ambling Alps


samedi 10 octobre 2009

V for hype


Vampire Weekend, toujours aussi léger.
Horchata
Vitalic, toujours aussi lourd.
Your Disco Song

dimanche 20 septembre 2009

Le Kanyegate, une semaine après

Je n'avais pas prévu de parler du Kanyegate qui fait beaucoup rire outre-Atlantique, mais comment résister à un bon internet meme?



lundi 31 août 2009

Madonna + Paul Oakenfold = BOOM!

Amateurs d'eurodance n'osant pas avouer leur penchant pour les grosses nappes de synthé qui tachent, réjouissez-vous! Après Calvin Harris, c'est à Madonna de rendre, avec l'aide de Paul Oakenfold, votre addiction moins honteuse. Celebration est le premier single inédit issu du best of éponyme, à paraître fin septembre.


jeudi 27 août 2009

Synth + pop = synth-pop

Voici ce que j'ai pu écrire à ma soeur à propos de Los Feeling, single du groupe britannique Visitor :

Grosse hype c'est la synth-pop la plus putassière du monde, c'est trop genre "laser + étoiles + étoiles filantes, le tout au ralenti + vue en plongée + zoom arrière". Énorme.

Vous verrez, vous comprendrez après avoir écouté le morceau. Ou pas.
(mais je maintiens : grosse hype, bien que leur esthétique soit encore moins originale qu'un t-shirt H&M).


mardi 11 août 2009

On continue

Les gars de The XX habitent Londres, ont à peine 20 ans et font une pop minimaliste et un rien (mais un rien) groovy. Basic Space est leur deuxième single et accompagne la sortie de XX, leur premier album. Ça sent la hype.
The XX - Basic Space

Les Arctic Monkeys reviennent le 25 août prochain. Comme d'habitude, de nombreux extraits d'Humbug, leur troisième album, circulent sur Internet. Humbug a la particularité d'être produit à la fois par Josh Homme des Queens of the Stone Age et Alex James de Simian Mobile Disco ; un mélange pas si étonnant lorsqu'on y réfléchit, le son des AM ayant toujours été caractérisé par une folle énergie mais également par sa grande finesse, reflet des textes toujours très inventifs d'Alex Turner.
Arctic Monkeys - Crying Lightning


dimanche 9 août 2009

Muse se soulève

On se souvient qu'après avoir passé des années à jouer du simili-Radiohead avec un certain talent, mais au prix de nombreuses moqueries, Muse s'était brusquement reconverti au rock de stade avec la sortie en 2006 de Black Holes and Revelations, album aussi gonflé - et donc énorme - que le suggérait son titre. La bande de Matthew Bellamy se situait alors à mi-chemin entre Pink Floyd (pour l'esthétique), Radiohead (pour le côté électro) et Queen (pour le son, à faire passer Oasis pour de la musique de chambre).

Trois ans plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Les gars de Muse n'ont pas gagné en humilité et leur nouvel album, The Resistance, à paraître le 14 septembre, témoigne toujours des mêmes obsessions, à savoir produire un disque qui soit toujours considéré dans 150 ans comme un inatteignable chef-d'œuvre de la musique contemporaine (pour preuve, la présence d'un "tryptique épico-rock'n'roll", un grand classique chez les groupes à l'ego surdimensionné), tout en s'assurant que même la plus petite face B tourne en boucle sur toutes les radios de la galaxie.

Le premier single, The Uprising, semble en être un bon échantillon. Cependant, je ne trouve pas qu'il soit si monstrueux. En réalité, il faut plusieurs écoutes pour l'apprécier... ce qui est déjà un petit échec au regard des ambitions de Muse. Qu'en pensez-vous?

Muse - The Uprising


lundi 3 août 2009

Retour de bâton

- Si tu as passé ces 2-3 dernières années à te la jouer (fluo) "kid", à écouter en boucle Busy P, à boire du champagne mélangé avec des smarties, à jouer à la NES et à collectionner les t-shirts hors de prix de graphistes japonais underground ;
- Et/ou si tu as "bien tripé mdr" sur les morceaux en simili-r'n'b et en dessous de la ceinture de Fatal Bazooka ;
- Et/ou si tu danses volontiers sur les morceaux de house dont les paroles en français sont trop lol (Helmut Fritz, Discobitch) ;

Alors tu peux tu peux considérer avoir malgré toi contribué à la montée en puissance de groupes tel que PzK. Ces gosses ont tous entre 16 et 18 ans et ont l'intention, avec leur atterrant premier single, de devenir les rois de leur lycée et enfin choper la bande de bonnasses de la Term S-6.
Ça, c’est ce qu’on appelle un beau retour de bâton...



Pour vous remettre de vos émotions, voici Partly Cloudy, dernier court-métrage des studios Pixar, réalisé par Peter Sohn et théoriquement projeté avant le fantastique Là-haut. Ça va mieux, non?