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dimanche 8 février 2015

La révolution numérique est-elle un mythe ?


Ces jours-ci paraît La Déconnexion des élites, un essai de la journaliste au Monde Laure Belot à mi-chemin entre le manifeste et la pamphlet. Sa thèse, que Belot avait d’abord développé dans un article très remarqué publié il y a un an, c’est celle d’un décalage grandissant entre d’une part une classe dirigeante politico-économique qui se reproduit en vase clos et vise avant tout à préserver les acquis et d’autre part la montée d’outils numériques qui bousculent et transforment par le bas les modes d’échange, de travail et de gouvernance.

Je n’ai pas encore lu ce livre mais vous me connaissez, j’y adhérerai probablement en grande partie, ne serait-ce que parce que le thème de la transformation numérique et de la difficulté à la faire accepter est assez récurrent chez moi. Cette déconnexion est bien réelle, même si j'ai le sentiment qu'elle tend à se réduire.

Néanmoins, je préconiserais la lecture en parallèle d’un autre essai, traduit il y a quelques mois en France : Pour tout résoudre, cliquez ici de l'écrivain et journaliste biélorusse Evgeny Morozov. Le titre à lui seul en dit long sur la vision aussi cash que trash de son auteur, qui s’est fait une spécialité de démonter consciencieusement (quoique avec une certaine rage) tous les mythes entourant la révolution numérique.


mercredi 5 mars 2014

Spritz nous réapprendra-t-elle à lire ?


C'est une petite application qui fait couler beaucoup d'encre depuis quelques jours. Et pour cause : Spritz se propose tout simplement de transformer notre manière de lire !

En effet, ses concepteurs sont partis du constat que 80% de notre temps de lecture seraient surtout consacrés à bouger nos yeux plus qu'à décoder et assimiler l'information. Nos capacités seraient donc limitées physiquement et non intellectuellement. Pour contourner le problème, Spritz inverse tout simplement la logique de lecture : ici, ce sont les mots qui bougent, pas vos rétines! Et pour améliorer encore plus la compréhension, l'application isole en rouge certains caractères comme autant de points d'ancrage visuels.

C’est ainsi que les créateurs de Spritz promettent de nous faire lire jusqu'à 1000 mots par minute, plus de 4 fois plus que la moyenne, qui tournerait autour de 220 mots. On peut d'ores et déjà tester le système grâce à quelques gifs, et l'on est vite étonné par sa facilité d'utilisation, y compris en Anglais.


dimanche 17 novembre 2013

Votre Politique, avec ou sans com' ?


"Tu comprends, les gens ne le supportent plus. Ce qu'il fait n'est pas mal, bien sûr, mais là n'est pas le sujet, les gens ne le supportent plus. Quoi qu'il fasse, même des choses bien, cela se retourne contre nous."

François Hollande? Non : Nicolas Sarkozy en avril 2011! Ces quelques lignes sont extraites de Jours de Pouvoir, dernier tome des mémoires de Bruno Le Maire, qui couvre la période allant du remaniement de novembre 2010 au lendemain du 6 mai 2012.


vendredi 13 juillet 2012

Les enseignements du méta-luxe


Je feuillète le numéro 2 de la revue —pardon, du mook— d’Influencia, consacré au luxe. La direction artistique en est toujours aussi léchée et l’on y apprend plein de choses, notamment la sortie récente d’un ouvrage co-signé par deux pointures d’Interbrand, intitulé Meta-luxury.  

Quand on connaît mon obsession pour les méta-tendances, on comprend que ce titre m’ait tapé dans l’oeil... Car utiliser le préfixe meta- («au-delà»), c’est afficher l’ambition de dépasser le simple constat pour analyser les phénomènes les plus complexes en profondeur, quitte à aller à l’encontre des idées reçues. Une démarche dont avait bien besoin la notion de luxe, aujourd’hui tiraillée entre d'un côté massification (et donc dévalorisation), de l'autre fuite en avant sur le mode clinquant. 


dimanche 1 avril 2012

Damien Hirst, Régis Debray et le Sacré

Damien Hirst, Controlled Substance Key, 1992-93
Après quelques années de décote, 2012 marque le retour de la superstar de l’art contemporain Damien Hirst. Et pas le petit comeback pépère sous la forme d’une exposition dans un musée de seconde zone!


dimanche 2 octobre 2011

Le défi de la défiance (Com de crise, 1)


Nicolas Milhé, Respublica, 2009

En cette rentrée littéraire, jeter un coup d’œil aux ventes de livres est assez instructif. Tous les classements essais sont en effet trustés par des bouquins sur les errements du Pouvoir sous toutes ses formes. On y retrouve ainsi Sarko m’a tuer, La République des mallettes, Ne vous représentez pas! ou le classique Indignez-vous!, mais également L’échéance, Le Capitalisme hors-la-loi et Les Intellectuels faussaires. Des ouvrages aux titres agressifs (pour ne pas dire autre chose) mais qui n'ont pourtant rien de brûlots et sont publiés par des gens respectables...
De leur côté, les newsmagazines multiplient les couvertures spectaculaires : "les coupables de la dette", "l'échec des élites", "l'année de la révolte"… Pour un peu, Le Point et l’Express chasseraient  sur les terres antisystème de Marianne, et les Inrocks nous annonceraient carrément une "Commune 2.0" à l'échelle mondiale!

Le constat est univoque : la défiance vis-à-vis des élites explose et nous vivons une rentrée à haut-risque —du moins symboliquement.



mardi 19 juillet 2011

Harry Potter, fan fiction et génération remix

Time profite de la sortie du dernier épisode de la saga Harry Potter pour se pencher sur le phénomène de la fan fiction. Il s'agit, comme son nom l'indique, d'une littérature amateur inspirée plus ou moins librement d'univers fictionnels populaires (romans, films, BD, jeux vidéos, etc.). Une manière de poursuivre l'histoire après le générique ou une fois les dernières pages tournées...
On apprend que le concept de "fanfic" est déjà ancien, les premiers exemples remontant aux années 60, autour de séries telles que Des Agents très spéciaux ou Star Trek. Mais c'est une fois de plus le Web 2.0 qui a catalysé ces nouvelles pratiques littéraires en simplifiant à la fois l'écriture et l'échange de textes.


samedi 21 mai 2011

Le livre électronique et le nouvel âge d'or du journalisme de fond

Il y a quelques jours a paru aux Etats-unis Into the Forbidden Zone de William T. Vollmann (auteur du très remarqué Central Europe). Cet ouvrage, qui traite des effets de la catastrophe de Fukushima sur les japonais, a pour particularités d'être très court (une soixantaine de pages) et surtout de n'être disponible qu'en format électronique. Il ne s’agit en outre que du deuxième livre édité par une jeune start-up du nom de Byliner, qui s’est donné pour mission de diffuser des e-books de taille limitée (jusqu’à 35.000 mots), signés par de grandes plumes et vendus au prix unique de 2,99$. 



samedi 26 février 2011

Déclinologies

THE END IS NEAR HERE IS NEAR THE END, œuvre de Jason de Haan et Scott Rogers 
exposée lors de la Nuit Blanche 2009. Photographie par HermiC (via Flickr)

Il existe une vraie fascination pour le déclin, la décadence, la décrépitude —et pas seulement en France. Les journalistes, les chercheurs, les blogueurs (je suis sûr de l'avoir fait moi-même), etc. aiment à décréter la mort d'institutions que l'on pensait jusque là insubmersibles. L'effet d'annonce fait toujours sont petit effet. C'est vrai qu'il est plus facile d'écrire LE WEB EST MORT plutôt que "le Web en tant que mode de navigation et d'utilisation des services sur Internet est concurrencé par les applications voire l'Internet des objets"... Si vous voulez faire un test, tapez "la mort du/de + une grande valeur ou une institution" dans Google, c'est assez marrant.
Ce billet n'a pas pour but de vilipender les déclinologues (dont nous faisons, quelque part, tous partie), mais de regarder de l'autre côté du déclin. C'est qu'après avoir passé sept ou huit ans à apprendre et répéter consciencieusement les thèses de Joseph "Schumpy" Schumpeter, j'ai tendance à ne pas m'arrêter au simple constat. Et avec l'explosion du digital (Internet compris), ce ne sont pas les constats qui manquent! Petit panorama et tentative de décryptage.


dimanche 12 décembre 2010

Comment cartographier l'inconscient collectif en 800 pages

Dans la famille «acharnés», je voudrais... les chercheurs de l’ARAS (Archive pour la Recherche en Symbolisme Archétypal). Ces New Yorkais ont passé les 14 dernières années à collecter un peu partout des milliers d’images dont la somme permettrait, selon eux, de cartographier l'inconscient de l’humanité. Rien que ça!



mardi 27 avril 2010

Mondialisation, générations et pop culture

Je viens tout juste de terminer Mainstream de Frédéric Martel. Ceux qui me connaissent savent que j'ai déjà fait pas mal de battage autour de ce bouquin avant même de l'ouvrir, son sujet m'intéressant énormément.
Martel, sociologue, journaliste et professeur, se propose d'enquêter sur ce qui fait la puissance du mainstream, c'est-à-dire cette culture mondialisée, universelle et symptomatique de l'hégémonie américaine. Mais au delà, il s'attache à montrer en quoi les Etats-Unis ne sont désormais plus seuls sur le terrain du soft power. L'auteur esquisse ainsi, au fil de plus de 1200 entretiens, une nouvelle géopolitique des flux de contenus -oeuvres culturelles mais également information et communication- passionnante et instructive.