dimanche 20 novembre 2011

L'innovation contre la crise (Com de crise, 3)

Leo Cullum - The New Yorker
Cela n’aura pas échappé aux pubards ou amateurs de nouvelles technologies parmi vous : Orange et Publicis créeront un fonds d’investissement commun l’année prochaine. Le projet, dévoilé début novembre et portant encore le nom de code "Gazelle" (lol), sera doté d’une enveloppe de 300 millions d’euros sur 10 ans, à répartir entre diverses start-ups européennes. Par ailleurs, moins d'une semaine après cette première annonce, Orange s'associait à PSA, Total et SNCF pour créer Ecomobilités Ventures, autre fonds dédié quant à lui à la mobilité et au développement durable.


Deux lancements coup sur coup qui n'ont rien d'une lubie. D'une part, France Telecom/Orange dispose depuis 1988 d'une véritable galaxie de fonds nommée Innovacom. D'autre part, ces projets  font écho à la création ces dernières années de plusieurs sociétés d'investissement par les cadors de la netéco française (Kima Ventures par Xavier Niel, Isai par Pierre Kiosciusko-Morizet...). Un dynamisme que la presse adore rappeler pour mieux souligner la timidité des grandes entreprises françaises, souvent jugées conservatrices. Le géant des télécoms afficherait ainsi sa volonté de reprendre la main sur cet enjeu aussi complexe que glamour qu'est l'innovation.

Mais s'il s'agit indéniablement d'un beau coup de pub (d'ailleurs, petit disclaimer : je bosse dans une des branches de Publicis) voire d'un coup de force, cette double initiative traduit selon moi autre chose. Et si, malgré ou grâce à la crise, les entreprises se mettaient à réfléchir davantage à l'innovation? 

Des plus éminents think-tanks au zinc du coin en passant par les universités et les grandes sociétés, tout le monde s'accorde à dire que nous vivons sous la dictature de l'urgence. Mais la crise actuelle, qui semble chaque jour prendre de l'ampleur et dont l'issue est impossible à prédire, nous oblige aujourd'hui à faire un choix : soit rester sur le court-terme en s'adaptant au jour le jour, soit miser sur le long-terme et l'innovation. Certaines des plus grandes entreprises américaines (DuPont, IBM, Xerox...) ont par le passé opté pour la seconde solution durant la Grande dépression des années 30, profitant ainsi de l'apathie de la concurrence pour préparer l'après-crise et prospérer.

A noter qu'une telle démarche de long terme n'est pas réservée aux seules périodes de crise. Les mastodontes de l'économie numérique en ont fait un vrai leit motiv. En témoigne cette citation magnifique de Jeff Bezos dans une longue interview récemment accordée à Wired :
"If everything you do needs to work on a three-year time horizon, then you’re competing against a lot of people. But if you’re willing to invest on a seven-year time horizon, you’re now competing against a fraction of those people, because very few companies are willing to do that. Just by lengthening the time horizon, you can engage in endeavors that you could never otherwise pursue."
Penser long-terme c'est non seulement dépasser la concurrence mais s'élever au-dessus d'elle. Une approche qui peut passer par un renforcement de la R&D ou la création, comme c'est le cas pour Orange, de fonds ad hoc chargés de venir en aide aux innovateurs. Des initiatives à encourager (fortement) et qui pourraient, parce qu'elles financent des projets bénéficiant au final à tous, permettre aux grandes entreprises de concilier profits et intérêt public...

Qu'en pensez-vous?

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Ce billet est le troisième et dernier de la série "Com de crise". 
Vous pouvez retrouver les deux premiers ici :



1 commentaire:

  1. Le problème n'est pas tant d'investir dans l'innovation (le constat de sa nécessité est partagé par tous), mais surtout, pour les dirigeants des grandes entreprises, de devoir satisfaire leurs actionnaires, qui, a priori, raisonnent eux à très court terme.

    L'équation est donc :

    1/ je satisfais mes actionnaires pour me maintenir à mon poste = costcut (équipes, R&D) = actionnaires 1 - innovation 0

    2/ je pense à l'avenir de ma boîte, et décide d'augmenter les budgets R&D = investissements (financier, matériel, humain) = innovation 1 - actionnaires 0 = mécontentement des actionnaires = patron à la porte.

    Certes, c'est simpliste et peut bien entendu être critiqué ou démonté par des exemples contraires, j'en ai conscience. Cependant, nombre de nos grands groupes sont actuellement en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis... et la chute va faire mal.

    Exemple : les industries pharmaceutiques, qui se sont pendant très longtemps reposées sur leurs produits "star", et qui constatent aujourd'hui que 1/ leurs brevets tombent progressivement dans le domaine public, or 2/ elles n'ont pas fait les efforts nécessaires pour pallier ces énormes manques à gagner en investissant en R&D. Résultat, on fait du costkilling à tour de bras (il suffit de voir les milliers de postes de visiteurs médicaux supprimés chaque semaine), et on rachète des entreprises de biotech innovantes comme on peut (cf l'actu, il y en a chaque semaine). Le tout avec les actionnaires qui grognent, car on les a habitué à gagner plus.

    Heureusement, le secteur dit des "nouvelles technologies" est l'un des rares contre-exemples pertinents en la matière aujourd'hui. Et du coup, les pouvoirs publics commencent (enfin) à le bichonner...

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